Construction 2050 : Construire l’Europe de demain aujourd’hui

Les acteurs de la construction appellent la Commission européenne à renforcer une politique de la construction adaptée à la situation actuelle et à poursuivre les piliers de la stratégie Construction 2020.

L’initiative sectorielle « Construction 2050 : Construire l’Europe de demain aujourd’hui » a été lancée en juin 2019 par 17 grands représentants européens de la construction, dont la European Construction Industry Federation (FIEC), la European Federation of Building and Woodworkers (EFBWW) et la European Builders Confederation (EBC), les trois organisations européennes sectorielles qui participent au projet Construction Blueprint, rejoints ensuite par 33 autres organisations pour appeler la Commission européenne à renforcer l’état de la construction à travers une nouvelle vision pour l’environnement bâti.

La proposition promeut une alliance européenne pour une meilleure industrie et appelle les institutions européennes à établir un cadre politique adaptable pour faire face à l’écosystème de la construction en évolution et à sa transformation, en actualisant l’initiative Construction 2020. En outre, il persuade les États membres d’adopter une approche holistique afin de promouvoir des politiques et législations cohérentes en matière d’environnement bâti au niveau européen.

Le 19 février, 40 représentants des principales associations de l’industrie de la construction se sont réunis à Bruxelles pour discuter de l’alliance « Construction 2050 : construire l’Europe de demain aujourd’hui » et de la manière de sensibiliser le public à l’importance politique du secteur. Ces principaux acteurs de l’UE impliqués dans le processus de construction proposent un nouveau cadre, s’appuyant entre autres sur les résultats de l’initiative actuelle « Construction 2020 », en suivant les principes ci-dessous :

  • Une approche ciblée spécifique à la construction parce que le secteur est au carrefour de différentes chaînes de valeurs et que sa nature unique exige une approche unique.
  • Un cadre stratégique adaptable pour tenir compte de l’écosystème de la construction en évolution et de la transformation de l’industrie.
  • Une approche holistique de l’élaboration des politiques afin de mettre en œuvre des politiques et des législations cohérentes et équilibrées.
  • Un partenariat fort entre les institutions européennes, les États membres et les partenaires sociaux de la construction les parties prenantes pour orienter la transformation du secteur avec les politiques et les outils les plus adéquats.
Propositions Construction 2050

De plus, les intervenants du secteur de la construction estiment que l’initiative Construction 2020 devrait être révisée afin de réaliser pleinement ses objectifs : soutenir le secteur de la construction dans son adaptation aux principaux défis à venir et promouvoir la compétitivité durable du secteur. Ils ont donc présenté sept propositions :

  1. Établir une responsabilité politique unique au sein de la Commission européenne pour l’environnement bâti en Europe et veiller à ce que toutes les directions générales concernées soient impliquées dans les futures initiatives politiques de construction.
  2. Établir un cadre de partenariat dans lequel les principaux partenaires sociaux et les parties prenantes du secteur de la construction, les institutions de l’UE et les États membres se rencontrent pour discuter des principaux défis, élaborer conjointement des priorités, des stratégies et des actions ciblées afin de les relever.
  3. Les groupes thématiques devraient refléter les défis et les priorités définis conjointement par tous les acteurs.
  4. Créer des programmes de travail pour les différents groupes thématiques afin de refléter les priorités et les actions ciblées avec des calendriers clairs et des responsabilités correspondantes, définis conjointement par toutes les parties prenantes concernées.
  5. Créer un comité de pilotage horizontal composé de tous les acteurs concernés afin de garantir la cohérence entre les initiatives des différents groupes thématiques.
  6. Tous les acteurs concernés devraient être dûment associés au processus décisionnel concernant les études, les priorités politiques et les actions ciblées.
  7. Créer conjointement des feuilles de route, des plans de déploiement et de diffusion pour les initiatives afin d’accroître leur visibilité politique et leur adoption par les acteurs de la construction à tous les niveaux.
Perspectives du secteur de la construction

La construction est un secteur fondamental de la croissance économique de l’Europe et l’une des principales sources d’emploi – selon les données, elle génère 9 % du produit intérieur brut (PIB) et fournit 18 millions d’emplois directs – ; cela souligne l’importance d’adapter le secteur au marché du travail et aux demandes durables.

Si nous regardons vers l’avenir, il est prévu qu’environ 75% de la population européenne vivra dans des zones urbaines ou dans des villes intelligentes avec des bâtiments écoénergétiques et accessibles, ce qui améliorera la qualité de vie et exigera une rénovation de nos bâtiments. Un confort majeur va de pair avec les technologies numériques, qui contribuent à assurer le cycle de vie des bâtiments et l’intégration de nouveaux matériaux plus durables. Ce scénario souligne la nécessité de définir un nouveau secteur de la construction, où les compétences des professionnels répondent aux exigences du nouvel habitat.

Aujourd’hui, l’écosystème de la construction impose une méthode de travail collaborative, dans laquelle la coopération ou la codépendance de tous les acteurs impliqués est essentielle. Pour faciliter cette façon de travailler, il est essentiel de promouvoir la digitalisation en tant qu’outil de communication entre acteurs. Ce défi, ainsi que d’autres précisés dans l’initiative Construction 2050, représente le nouvel environnement bâti qui nécessite :

  • Des emplois plus nombreux, de meilleure qualité et plus sûrs qui pourraient attirer de nouveaux travailleurs qualifiés. Avec le départ à la retraite des baby-boomers âgés et le manque d’attrait du secteur pour les jeunes, le secteur de la construction est confronté au défi d’une pénurie importante de main-d’œuvre. Dans le même temps, il est nécessaire que les travailleurs de la construction adaptent en permanence leurs capacités et leurs compétences aux nouveaux développements tels que, par exemple, la digitalisation, l’économie circulaire et l’efficacité énergétique.
    • Avantage potentiel : En investissant dans l’apprentissage tout au long de la vie, dans de meilleures conditions de travail et de protection sociale, dans un environnement de travail plus sain et plus sûr et dans une meilleure promotion des possibilités de carrière, le secteur de la construction peut attirer des travailleurs qualifiés et de nouveaux talents. Combler le déficit de compétences actuel et anticiper les futurs besoins de compétences dans le secteur de la construction, c’est fournir des emplois plus nombreux, meilleurs et plus sûrs aux citoyens européens.
  • La dé-carbonisation qui contribue aux objectifs de développement durable et au changement climatique : les bâtiments sont responsables d’environ 40 % de la consommation d’énergie et de 36 % des émissions de CO2 dans l’UE. Ils offrent donc une excellente occasion d’améliorer l’efficacité énergétique et de réduire les émissions. Pour ce faire, il est nécessaire de stimuler la demande du marché pour des bâtiments durables et d’adopter une approche holistique en matière de rénovation. De plus, les produits de construction durables, l’utilisation de solutions d’énergie renouvelable, les appareils électroménagers intelligents et les systèmes de gestion peuvent tous contribuer à la future économie à faibles émissions de carbone.
    • Avantage potentiel : Dans la lutte mondiale contre le changement climatique, le secteur de la construction peut jouer un rôle déterminant dans la réalisation d’une transition équitable vers les objectifs de l’Accord de Paris et les objectifs de développement durable. De fait, des taux de rénovation plus élevés entraîneront une réduction des gaz à effet de serre en raison de la baisse de la consommation d’énergie. De plus, l’amélioration des processus de production des matériaux de construction et l’utilisation des meilleures technologies disponibles permettront de réduire les émissions de carbone enfouies. Enfin, une approche holistique de la rénovation des bâtiments existants devrait améliorer la résilience du parc immobilier existant et contribuer à la durabilité de la société et de l’environnement.
  • Une industrie durable qui réduit les déchets de construction et de démolition et qui stimule une perspective d’économie circulaire. La construction et ses secteurs liés sont responsables d’environ la moitié des matériaux globalement extraits, tandis que les déchets de construction et de démolition représentent environ 25 à 30% des déchets générés dans l’UE. Du point de vue d’une économie circulaire, le secteur offre d’excellentes possibilités d’amélioration de l’efficacité des ressources et du recyclage et de la réutilisation des matériaux. Toutefois, le marché actuel des matières recyclées et des produits réutilisés est loin d’être solide en raison de l’incertitude entourant la qualité et la cohérence (c.‑à‑d. les niveaux de rendement) et la différence de prix entre les matières premières primaires et secondaires et les produits nouveaux et réutilisés.
    • Avantage potentiel : Mettre la réflexion circulaire au cœur du secteur de la construction stimulera l’adoption sur le marché de matériaux recyclés et de produits réutilisés. De plus, il favoriserait une plus grande utilisation de matériaux novateurs et la conception du cycle de vie des bâtiments, ce qui les rendrait aptes à la déconstruction, afin de permettre la réutilisation des produits et une meilleure recyclabilité des matériaux.
  • La transformation digitale avec un secteur plus innovant grâce à un engagement en recherche et technologie :  l’industrie est au bord d’une transformation digitale qui changera le statu quo pour toujours. Cependant, cette transformation doit être orientée de manière optimale pour s’assurer qu’elle apporte une valeur ajoutée à l’ensemble du secteur et ne laisse aucun acteur en retard.
    • Avantage potentiel : La digitalisation du secteur de la construction a un grand potentiel pour accroître la productivité, réduire les coûts de construction, alléger les tâches lourdes et physiques, faciliter la rénovation et l’entretien grâce à une meilleure collecte et analyse des données, accroître la traçabilité des matériaux en vue de leur réutilisation et de leur recyclage futurs. Cela signifierait également des propriétaires et des occupants en meilleure santé, plus satisfaits et mieux informés.
  • Recherche et innovation : les modèles d’affaires novateurs, les nouveaux matériaux, la collaboration numérique et la fabrication hors site ne sont que quelques exemples des nombreuses solutions novatrices mises au point dans le secteur de la construction. Toutefois, l’adoption de l’innovation et les investissements en R-D sont plus faibles que dans tout autre secteur. Le défi consiste à stimuler davantage la recherche et l’innovation et à mettre en place le cadre approprié pour permettre aux entreprises de construction d’adopter et d’intégrer les nouvelles technologies dans leurs processus et leurs opérations quotidiennes, transformant ainsi leurs activités.
    • Avantage potentiel : des politiques et des initiatives soutenues visant à faciliter l’intégration de l’innovation et à accroître les investissements en R&D stimuleraient la diffusion des méthodes de construction modernes et l’utilisation des technologies numériques à plus grande échelle.
  • Maintenance des infrastructures et investissements : les infrastructures publiques en Europe vieillissent et nécessitent une maintenance et une mise à niveau. Dans le même temps, le marché exige de nouvelles infrastructures pour interconnecter les transports nationaux, l’énergie et les infrastructures numériques. Dans ce contexte, il faut un mélange de capitaux publics et privés pour financer la construction de nouvelles infrastructures et l’entretien des infrastructures existantes, ce qui serait globalement moins coûteux que le coût de la non-investissement.
    • Avantage potentiel : la maintenance des infrastructures existantes et la construction de nouvelles infrastructures amélioreront la mobilité en Europe et la sécurité des citoyens de l’UE. En outre, l’entretien des infrastructures existantes et la construction de nouvelles infrastructures contribueront à réduire l’impact environnemental des transports ainsi que les coûts de déplacement. Enfin, les infrastructures résistantes au climat protégeront les citoyens et rendront l’UE plus compétitive au niveau international.
  • Assurer des règles du jeu équitables au niveau européen et international : dans le secteur de la construction, l’absence et l’interprétation incorrecte de règles ont conduit à des pratiques telles que le travail non déclaré, la fraude/abus social et le faux travail indépendant. Ces phénomènes créent une concurrence déloyale pour les entreprises de construction et un traitement injuste pour les travailleurs. En outre, le marché européen de la construction a attiré des entreprises et des travailleurs de pays tiers. Il est d’une importance cruciale que ces acteurs respectent toutes les règles applicables de l’UE, ainsi que d’ouvrir leurs marchés sur une base réciproque, aux entreprises européennes.
    • Avantage potentiel : relever ces défis, entre autres par la législation sur les marchés publics et les aides d’État, signifie garantir des règles du jeu équitables au niveau européen et international. Cela créerait des conditions plus équitables et plus compétitives pour les entreprises de l’écosystème de la construction de l’UE et des conditions plus équitables pour les travailleurs de la construction.
  • Développement urbain et villes : d’ici 2050, les villes seront de plus en plus intelligentes : les secteurs concernés des villes (bâtiments efficaces, approvisionnement en énergie renouvelable, transports électriques, infrastructures publiques durables, commerce, industries et institutions publiques) seront liés les uns aux autres grâce à la planification intégrée et aux nouvelles technologies. Le secteur de la construction a le défi d’être pleinement intégré dans ce contexte de développement et de gestion urbains plus intelligents.
    • Avantage potentiel : une meilleure intégration du secteur de la construction dans la dimension urbaine garantirait un développement urbain plus intelligent. Cela jouerait un rôle primordial non seulement dans la réalisation d’une meilleure mobilité des biens et des personnes, mais également dans la garantie de logements abordables pour les citoyens européens.
Comment relever les défis de la construction ?

Pour les intervenants de la construction, les circonstances particulières du secteur de la construction justifient une approche ciblée appropriée. En outre, ils plaident pour la nécessité d’un cadre politique adaptable, pour passer de la chaîne de valeur classique de la construction à un écosystème collaboratif, avec un processus d’élaboration de politiques holistique et un partenariat solide entre les institutions européennes, États membres et partenaires sociaux et parties prenantes de la construction.

 

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